Clément Mounier

Dans le microcosme de l’alpinisme nous pouvons distinguer deux essences d’individus, les skieurs et les grimpeurs. Peu d’élus parviennent à un niveau de maîtrise équivalent dans ces deux domaines, ne serait ce que dans la médiocrité.

Touché à la naissance par la grâce céleste, Clément possède la polyvalence absolue. Son heureux papa, conscient de pouvoir disposer librement d’un partenaire de cordée, stimula cet atout divin en entraînant le petit Clément de par les sommets de l’Oisans sauvage. Ainsi à 10 ans, il se retrouva propulsé sur les arrêtes du grand pic de la Meije avec son piolet en légo.

S’en suivit une progression pluridisciplinaire constante jusqu’à atteindre l’excellence éclectique, puis le classique et monotone parcours du mec doué, perdition universitaire en STAPS, enfilade de brevets d’état toutes disciplines confondues, équipe jeune alpiniste nationale, participation au tournage du Septième Sceau avec Ingmar Bergman, ouverture d’un ranch rodéo avec Bufallo Bill…

Cependant Clément aurait pu rester dans l’ombre de ses illustres contemporains. Mais même surclassé techniquement, il éclabousse de classe ses partenaires. La frénésie qui l’anime, le pousse à des extrémités comportementales transgressant largement les cadres de l’acceptable, limites toutes relatives dans ce milieu. Son style est résolument aérien, il transperce le ciel, l’espacement entre la pose des points en montagne n’a d’égal que la dimension spatiale de ses sauts à ski.

Etant depuis peu géniteur multi récidiviste d’enfants bilingues, son activité alpine se plie aux contraintes logistiques inhérentes aux responsabilités de chef de famille. Entre biberons et compotes topinambour céleri, il laisse sporadiquement libre court au bruit et à la fureur l’habitant.

Julien Cruvellier de Luze